Je crois que ça s’est bien passé avec Lucie. Du moins pas mal. Je n’ai pas crié, même pas élevé la voix, je n’ai pas tapé, cogné, griffé ou quoi que ce soit. Mais je ne me rappelle pas de grand chose non plus à part ça. J’avais apporté des carambars pour la fin de l’entretien, parce que je m’étais souvenue du fait qu’elle avait émis l’idée de se lire des blagues carambars à la fin de chaque entretien. Nous avons pris un carambar chacune, nous avons lu la blague à l’autre et nous avons dégusté notre bonbon au caramel. Lucie va garder le paquet dans son placard et nous terminerons ainsi nos entretiens dorénavant. Par un carambar et surtout une blague chacune.

Je me rappelle avoir soigneusement évité de parler de l’épisode de quand je m’étais garée devant sa porte parce qu’elle avait donné mon créneau horaire à quelqu’un d’autre. Trop douloureux. Je me rappelle aussi avoir pu lui dire pour toutes les émotions contradictoires et les parties qui se disputaient tellement fort dans ma tête que ça me donnait mal au crâne. J’ai pu pleurer et j’ai pu lui dire que quelque chose s’était cassé en moi et qu’il faudra du temps pour le réparer. Puis le mal que ça m’avait fait pendant l’hospitalisation quand l’une des soignantes m’avait dit que je ne faisais pas équipe avec Lucie. Que nous ne formions pas une équipe. Les mensonges de deux soignantes m’avaient fait particulièrement mal aussi et j’ai su le verbaliser.

Par contre, je n’ai pas pu lui dire le mal que ça m’avait fait de l’apercevoir en-dehors des entretiens, au secrétariat et sur le parking. Trop douloureux. Dans son manteau rouge en plus.

On va faire une ligne de vie sous forme de frise chronologique aussi. Pas tout de suite, mais un jour. Et je me rappelle surtout avoir su dire non quand elle m’a demandé si je voulais qu’on se serre la main à la fin de l’entretien. Plusieurs parties voulaient ce contact physique, mais d’autres étaient encore en conflit et ne voulaient pas. J’ai écouté ceux qui étaient en conflit pour marquer que ce n’est pas encore réparé à l’intérieur de moi. Que nous ne formons plus une équipe en ce moment.

Pour finir, ça fait beaucoup de choses dont je me souviens. Pas tout, loin de là, mais beaucoup.

Avant et après l’entretien, j’ai vu Margaux et Léo devant la cafette. Nous avons fumé des clopes, beaucoup discuté et puis Margaux et moi sommes parties prendre un café pendant que Léo allait rejoindre un atelier thérapeutique. Je lui ai donné deux bouquins que j’avais en double, un Kay Scarpetta de Patricia Cornwell et La lionne blanche de Henning Mankell.  J’ai filé un peu de tabac à Margaux aussi. Il y a eu crise de clopes pendant tout le week-end pour tous les fumeurs. Elle pense qu’elle sortira d’hospit en fin de semaine. Je l’espère vraiment. J’espère qu’elle se sentira suffisamment forte et bien pour pouvoir rentrer chez elle et continuer à aller de mieux en mieux. Et j’aimerais vraiment la voir en-dehors de l’hôpital et continuer à cultiver cette belle amitié.

Ça s’est bien passé. Je crois.
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