C’est la journée internationale de la santé mentale. Enfin, c’était, puisqu’on est de l’autre côté de minuit. Je ne sais pas vraiment ce que j’en pense, parce que pour moi, c’est la journée de la santé mentale tous les jours. Pas seulement le 10 octobre. Comme plein d’autres personnes dans le monde, je vis avec les troubles mentaux et la stigmatisation liée à ceux-ci au quotidien. C’est peut-être bien, une journée pour en parler, pour informer, pour sensibiliser… Mais bon. Est-ce que ça change quelque chose au quotidien pour les personnes qui en souffrent ? Peut-être. Je ne sais pas.

Je sais seulement ce que c’est de marcher dans mes propres pompes. De vivre dans une société où la “normalité” est de mise. Tous ces gens qui pensent que je n’ai qu’à me sortir les doigts du c.. et me trouver un emploi comme tout le monde. Que je n’ai qu’à me bouger. Que ce n’est pas si grave que ça. Puis, rajouté à ça, l’incompréhension de ma propre famille face à mon handicap invisible.

Invisible ne veut pas dire inexistant. Ça veut juste dire que ce n’est pas écrit sur ma figure. Et encore… Je dis ça, mais qui me regarde de plus près peut déceler ce que mes troubles mentaux ont fait à mon corps. Entre l’obésité (dû aux troubles mentaux et alimentaires ainsi qu’aux traitements contre ceux-ci) et les cicatrices (dues à une souffrance qui n’a pas trouvé de mot pour s’exprimer). Mais oui, invisible pour qui ne regarde pas plus près.

Je vis avec ça tous les jours. Mon quotidien est plein de troubles dissociatifs qui font que je suis à côté de mes pompes, en train de me regarder de l’extérieur ou, au contraire, tellement enfouie à l’intérieur de moi que d’autres personnalités doivent prendre le relais du corps. Mon quotidien est ponctué de flashbacks de traumatismes, de reviviscences, de séances de thérapie, de médicaments, de soins.

“Je suis fatigué, patron”, comme disait John Coffey dans La Ligne verte. Fatiguée de vivre avec les conséquences des sévices physiques, psychiques et sexuels à mon égard. Fatiguée des troubles mentaux qu’ils ont enduit en moi. Fatiguée de devoir lutter pour exister. Fatiguée de devoir endurer, jour après jour, tant de peine et de souffrances. Tellement fatiguée. Et c’est tous les jours. Pas seulement le 10 octobre.

C’est comme la journée mondiale de sensibilisation au deuil périnatal. C’est bientôt. Le 15 octobre pour être précis. Ce jour-là, les réseaux sont inondés de messages de sensibilisation au deuil périnatal. Mais mon bébé à moi, il est mort tous les jours. Pas juste ce jour-là. Et je dois vivre avec l’absence au quotidien. “Il est mort et son corps est rigide et froid…”. Non. Plus maintenant. Seulement dans ma tête et mes bras au moment des reviviscences. Son corps, pour de vrai, a brûlé dans un crématorium et les cendres ont été dispersés.

Et si, au lieu de fêter des journées de sensibilisation, on prenait soin les uns des autres au quotidien ? Si la lutte contre les violences, la maltraitance, les agressions sexuelles devenaient une priorité pour la société ? Si les troubles mentaux n’étaient plus invisibles ? Si les soins, la bienveillance et l’inclusion n’étaient plus l’affaire de seulement quelques militants mais, au contraire, un droit pour tout un chacun ?

Journée internationale de la santé mentale. En retard.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *