C’était la journée mondiale de sensibilisation au deuil périnatal hier. Ça m’était complètement sorti de la tête. Pas de l’esprit, non, parce que j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps pendant le rendez-vous pour ma puce, mais sorti de la tête, oui.

C’était très compliqué, ce rendez-vous. Le médecin a voulu faire l’anamnèse évidemment. Le passé médical de chaque membre de la famille et des grands-parents. Au départ, ça allait. Je faisais un état des lieux assez succinct de tous les troubles des uns et des autres. Entre mes troubles psy (qu’il a fallu détailler et donner mon traitement), l’obésité, le diabète, l’hépatite C… J’ai même failli oublier de dire que le frère jumeau de la puce était décédé, c’est sorti à la fin de l’anamnèse, du genre “ah oui, au fait, la puce a un frère jumeau qui est décédé aussi…”. Il a voulu connaître les circonstances de sa mort et j’ai dit que c’était une mort subite. Il nous a regardé, ma puce et moi, et nous a bien dit que ce n’était la faute à personne. Ça m’a fait du bien.

Puis le médecin a commencé à examiner la puce. Pendant ce temps-là, l’infirmière qui était présente est revenue sur certains points avec moi. Le pourquoi de mes troubles, la difficulté de vivre avec un bébé décédé… et j’ai commencé à craquer. Moi qui ne pleure jamais en présence des enfants, j’avais les larmes qui coulaient comme un robinet. L’infirmière m’a demandé si je voulais sortir de la salle d’examen pour discuter un peu pendant que la puce se faisait examiner et j’ai dit oui. Alors nous sommes sorties de la pièce et sommes allées dans une autre salle d’examen en face.

Et là, gros craquage. Je ne pouvais pas m’arrêter de pleurer. Chaque question remuait une montagne en moi et c’était extrêmement douloureux. Je ne sais pas si c’était parce qu’elle appuyait là où ça faisait mal, ou si c’était parce que tout était douloureux, mais je pleurais et je pleurais et je pleurais. J’avais beaucoup de mal à la regarder dans les yeux et elle n’arrêtait pas de me faire revenir à moi en me disant “Maman, regardez-moi…, Maman, c’était vous, la victime…” parce qu’elle ne connaissait ni mon nom ni mon prénom. Ça m’a fait du bien qu’elle me ramène à mon rôle de maman.

Puis elle m’a dit que ma puce n’avait rien. Pas de maladie grave qui expliquerait ses douleurs. Qu’elle souffrait ainsi physiquement à cause des non-dits dans la famille, qu’elle souffrait ainsi de me voir souffrir, et qu’il était très important que je continue mon suivi et mon traitement. Du coup, la culpabilité est venue comme une lettre par la poste. Ce n’était certainement pas son intention, mais ça m’a assailli quand même.

Au bout d’un bon moment – peut-être une demi-heure – nous sommes retournées auprès de la puce et du médecin. Ils avaient fini depuis longtemps, mais le médecin avait continué à parler avec la puce et à lui expliquer des choses par rapport à ses douleurs. Il a conclu à des douleurs post traumatiques dues à un saut mal réceptionné et lui a prescrit des séances de kiné. Mais du coup, je ne comprends pas bien. Si c’est ma faute ou pas qu’elle ait mal. Ou si c’est un peu des deux.

Ma puce était très inquiète de me voir ainsi, les yeux gonflés et rouges, mais je lui ai expliqué que j’avais juste pleuré, que ce n’était pas grave et que ça lui arrive à elle aussi de pleurer. Mais elle demeurait inquiète et le soir venu elle a voulu me donner 40 € de ses sous à elle. Parce que je les méritais apparemment. Mais je lui ai dit de garder ses sous pour elle, que moi je me sers sur le compte quand j’en ai besoin. Alors elle m’a dit “oui, mais ça part du compte du coup, après il n’y en aura plus”. Je lui ai alors expliqué en lui rendant ses sous que d’autres sous arrivent tous les mois sur le compte parce que papa travaille et parce que j’ai une allocation.

Petite puce.

Alors je n’ai rien fait pour mon tout-petit décédé. Pas de bougie allumée, pas de moment de recueillement, rien. J’ai juste pleuré toutes les larmes de mon corps.

Journée mondiale de sensibilisation au deuil périnatal. En retard.

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