Je viens de lire le témoignage de Sophie dans l’article « Conséquences des violences sexuelles dans l’enfance sur la sexualité adulte » sur le site d’Amnésie Traumatique France et je suis abasourdie par les similitudes. Cela étant, je vais essayer de me détacher de ce que j’ai lu pour expliquer à mon tour, avec mes mots, mon vécu.

Pour commencer, et je pense que c’est très important, j’étais dans l’hypersexualité déjà petite fille. Je pense d’ailleurs que ça a contribué au fait que je me suis fait agresser sexuellement par (au moins) trois personnes différentes avant l’âge de 10 ans.

Les agressions sexuelles

Les agressions ont commencé quand j’étais très petite, probablement avant mes quatre ans. Je n’ai pas de souvenir clair et net, mais plusieurs témoignages s’accordent pour me dire qu’on m’a trouvé en haut de l’escalier un jour en pleurant et que j’ai dit que je ne voulais pas lécher le kiki de Tonton. Des bribes de souvenirs confirment cet épisode. Je me rappelle qu’il m’avait promis de la glace. J’ai aussi d’autres bribes d’agressions de la même période. Avec mon oncle et avec d’autres hommes. Ainsi que la promiscuité qui faisait que j’étais en permanence témoin des déboires sexuelles de ma mère.

Je dirais que ces agressions-là sont responsable d’un état d’hypersexualité et d’hyperexcitation par la suite. Suite qui m’a condamné à subir d’autres agressions sexuelles de la part d’autres hommes. Dont un, celui que j’appelle mon « agresseur principal » tant par la durée des agressions (environ 9 mois) et le côté « pseudo-incestuel » (il faisait fonction de père) que par l’emprise dans lequel j’étais. J’avais alors 9 ans.

Il m’a dit, une vingtaine d’années après les faits, avoir cru que c’était ce que je voulais (c-à-d avoir des relations sexuelles avec lui). D’un côté, j’entends bien comment il cherche à se déculpabiliser et me mettre ça sur le dos, d’un autre côté, je me revois et je sais aujourd’hui que mon comportement était très sexualisé. Ce qui n’excuse rien, évidemment, parce que c’est à l’adulte (ici en l’occurrence un homme de 30 ans) de poser les limites et de ne pas profiter de cet état chez l’enfant (ici une petite fille de 9 ans).

Mais, au fait, pourquoi est-ce que je dis que j’étais dans l’hypersexualité ?

Je n’arrêtais pas de me frotter, de frotter mon sexe, contre la selle de mon vélo, contre des meubles et même contre des doudous. J’avais des relations très sexualisées avec d’autres filles et garçons (simulations de coïts, masturbation compulsive, voire même des cunnilingus) et ça a duré plusieurs années (au moins entre mes 7 et 10 ans). Je ne sais même pas compter le nombre d’enfants avec qui j’ai eus ce genre de relations, parce que j’ai beaucoup oublié, mais approximativement une bonne dizaine. C’était un besoin impérial à satisfaire, ce besoin de me frotter le sexe contre tout et n’importe quoi ou n’importe qui. Cette masturbation compulsive apaisait un peu une espèce d’agitation interne qui ne demandait qu’à sortir par tout moyen.

Aujourd’hui, je pense que j’étais dans le même état hypersexualisé avec l’agresseur principal aussi. Je l’embrassais avec la langue, je me frottais contre son sexe, je me montrais nue… Sauf que lui, au lieu de me poser des limites, encourageait et profitait de cette situation. Il se couchait sur moi dans la position du missionnaire et pressait son sexe contre le mien. Je n’atteignais même pas sa poitrine, j’étouffais là-dessous. Mais je croyais ainsi obtenir son attention et son amour.

Puis, du jour au lendemain, d’hypersexualisée, je suis devenue l’inverse. Même phobique. 

Je mets ça en lien avec l’accueil de mes révélations des agressions sexuelles. Ma mère (et d’autres adultes) ont manifesté un tel dégoût et une telle haine face à mes (rares) révélations que je n’ai pas supporté demeurer un être sexualisé. Je ne pouvais plus me toucher (nulle part, même pas les cheveux), je ne pouvais plus me laver, je ne pouvais plus me regarder dans un miroir. Encore moins poursuivre mes activités compulsives d’avant avec d’autres. Ça a duré plusieurs années. Jusqu’au viol.

Jusqu’au viol ?

Oui, aujourd’hui, j’ose dire que j’ai été violée. Alors que je n’ai pas dit non, je ne l’ai pas repoussé, je n’ai rien fait pour manifester que je ne voulais pas. J’avais 16 ans, je m’étais habillée en robe pour la première fois depuis le dépôt de plainte contre mon agresseur principal, et j’étais allée chez le coiffeur. Je ne voulais pas coucher avec cet homme de la quarantaine, bien gros, qui puait la sueur. Mais lui, il voulait. Il voulait, je devais. Impossible de dire non. J’ai été violée dans l’arrière-boutique d’une agence de voyages, par terre, sur un petit matelas rouge. L’homme m’a craché dessus, sur mon sexe, parce qu’il n’arrivait pas à me pénétrer.

Ensuite ?

Je ne sais pas avec combien d’hommes j’ai fini au lit sans vouloir avoir de relation sexuelle avec eux. Dix ? Vingt ? Plus ? Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c’était que j’étais une poupée inanimée entre leur bras, un poisson mort, un sac plastique rempli d’eau. Je n’avais jamais le droit de dire non. Encore moins si j’avais le malheur de m’être fait belle ou si je les avais allumés au courant de la soirée. Ou s’ils m’avaient payé un verre ou une latte de shit ou de beuh. Ou s’ils m’avaient tout simplement manifesté de l’attention. Ça se paie, de l’attention.

En même temps

En même temps, pendant la même période, et pendant des années, j’avais des images sexuelles indésirables dans ma tête. Des scénario complets qui tournaient comme des films. Généralement, je me mettais en scène petite fille avec des hommes et des femmes adultes. Je n’étais jamais adulte dans ces scénarios, assez invariables, où je me faisais agresser encore et encore.

Aujourd’hui ? C’est pour une prochaine fois…

La sexualité après agressions sexuelles [Partie 1]
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