Je vous avais promis la suite sur ma sexualité d’adulte suite à des agressions sexuelles dans l’enfance, mais je crois qu’il faut de nouveau remonter dans le temps avant d’en arriver à ma sexualité d’aujourd’hui. D’une part parce que des bribes de souvenirs me sont revenus suite à la première partie (que vous pouvez lire ici), d’autre part parce que ma sexualité d’adolescente puis d’adulte sont en lien avec des troubles dissociatifs.

Non. Rectificatif.

La période entre le dépôt de plaine et le viol n’était pas exempt de relations sexuelles, comme je l’avais indiqué dans mon précédent post. Seulement j’étais tellement dissociée et j’ai tant souffert d’amnésie traumatique que ces expériences m’étaient complètement sorties de la tête.

Au début, juste après mes révélations, j’ai donc arrêté de me toucher de quelque manière que ce soit, même pour me laver. J’ai subi le deuxième examen gynécologique de ma vie juste avant mes 10 ans et les médecins, un gynécologue et une femme médecin légiste, se sont détournés de moi tellement je sentais mauvais en me faisant écarter les jambes par ma mère. Le gynécologue m’a nettoyé le sexe à l’aide de lingettes ou de serviettes humidifiées, je ne sais plus, avant de procéder à l’examen pendant que la femme médecin légiste faisait des croquis de mon sexe.

Phobie pour les hommes

J’ai développé une phobie pour les hommes. Mon beau-père (le compagnon de ma mère, pas l’agresseur principal faisant office de père) n’avait plus le droit de m’approcher. Aucun homme adulte n’avait le droit de m’approcher. Mon prof de sport m’a même menacé d’une raquette de ping-pong pour me faire entrer, toute habillée et hurlant pour ma vie, sous la douche après un cours de sport. Mon père biologique (que je voyais extrêmement rarement) n’avait pas le droit à son câlin non plus. Personne.

La masturbation compulsive a continué, toujours à l’aide d’objets divers et variés, et d’au moins une fille et un garçon, pendant environ un an après le dépôt de plainte, soit entre mes 10 et 11 ans. Ensuite, j’ai déménagé très loin et ces relations ont cessé.

A 12 ans, je me suis fait un « ami ». Un pseudo-ami. Il devait avoir deux ou trois ans de plus que moi. Autant les hommes adultes n’avaient toujours pas le droit de m’approcher, je traînais beaucoup avec ce jeune homme. Nous entretenions une relation amoureuse alors que je n’étais pas amoureuse de lui. Nous jouions au strip-poker, à nous embrasser et à nous frotter, mais rien de plus. C’était assez enfantin, même si c’était sexualisé, et ce n’est jamais allé jusqu’à la pénétration. Par contre, il m’a forcé à embrasser son pote avec la langue « pour qu’il sache ce que ça fait ».

Le début de l’adolescence et l’homosexualité

C’est à cette époque que j’ai commencé à avoir des sentiments amoureux pour des filles et parfois des jeunes femmes. Je me surprenais à les regarder très attentivement aussi bien tout habillées que tout nues dans les vestiaires et dans les douches communes après les cours de sport ou à la piscine.

Une partie de moi, une partie dissociative, trouvait ça très dégoûtant. Pas parce que mes sentiments s’orientaient vers des jeunes femmes, non, mais à cause du corps tout simplement. Ce corps mal-aimé, dégoûtant, détesté. Une autre partie dissociative de moi était complètement hypnotisée par le corps féminin, en particulier les seins, mais aussi le sexe féminin. Je crois que cette dernière partie est celle qui, pendant l’adolescence, a évolué et devenue la Lesbienne (son nom, à défaut d’un vrai prénom).

Des parties dissociatives ?

C’est important de comprendre pour la suite de mon témoignage que certaines de mes parties dissociatives ont commencé à se manifester quand j’avais 12 ans. Elles se manifestaient sous la forme de voix dans ma tête qui tantôt m’incitait à faire quelque chose en particulier ou à prendre telle ou telle décision (hallucinations auditives), tantôt prenaient le relais du corps en particulier lors des situations traumatiques que je vivais à domicile (maltraitance de la part de ma mère) ou au collège (harcèlement scolaire). Il nous arrivait d’être co-conscientes, en particulier avec la Protectrice et la Petite, que je pouvais aussi voir (hallucinations visuelles) ou même, une fois, tenir leurs mains quand nous nous sommes enfuies de la maison.

Avec mes parties dissociatives, nous sommes majoritairement homosexuelles. Du moins, les parties qui sont sexuées parce que certaines ne sont que des bébés et d’autres, plus âgées, sont asexuées. Je ne sais même pas si l’une d’entre nous est hétérosexuelle. Et pourtant je suis mariée avec un homme depuis vingt ans… Un homme avec qui j’ai des relations sexuelles. Pas simples, mais quand même. Est-ce que je suis bisexuelle ? Moi, je, oui, peut-être. Je ne sais pas. Hétérosexuelle, non, c’est sûr.

Mais on va un peu trop vite en besogne là. Revenons à mon adolescence.

A 13 ans, je savais que je voulais une amoureuse. Mais je savais aussi que je voulais des enfants. Ma quête a commencé là. Mais dur dur dans un petit bled au début des années 90 de trouver une amoureuse quand on est soi-même, du moins en apparence, une jeune fille. Ma quête s’est poursuivie pendant plusieurs années. J’avais des relations très tactiles, certaines relativement intimes, avec d’autres jeunes femmes et même de femmes mûres (en particulier avec l’une de mes profs du collège), mais sans jamais franchir le pas de la relation amoureuse en bonne et due forme.

Puis il y a eu le viol. Une fois de plus, je suis sortie de mon corps. Pendant que, lui, il me pénétrait tant bien que mal, j’étais au-dessus de nous et je voyais son dos poilu et ses fesses flasques. Ça n’a fait que confirmer le fait que les hommes, ce n’était décidément pas pour moi.

Et pourtant, les hommes ont continué à vouloir de moi, de mon corps, et j’ai subi un certain nombre de relations de la sorte. En mode poupée inanimée. Moi qui sortais en boîte pour lesbiennes, moi avec mes cheveux courts et mes fringues de camionneuse, je continuais à les attirer. Et je ne savais jamais dire non.

Une seule fois, j’ai réussi à trouver une femme pour une relation sans lendemain. Mais était-ce vraiment une femme ? Je ne suis pas sûre. Elle devait être trans- quelque chose. Toujours est-il que même avec elle, ou lui, peu importe, j’étais en mode poupée inanimée. Je ne comprenais pas ce qui clochait chez moi…

Les années d’errance

Les années d’errance, ce sont toutes ces années où – sans la bague au doigt – je n’ai pas su dire non. Et généralement, ce ne sont pas les femmes qui chassent d’autres femmes, mais, désolée d’être crue, des hommes qui veulent vider leur sac de couilles quelque part. J’ai donc eu des relations non désirées et non consenties (sans pouvoir les appeler des viols) avec un certain nombre d’hommes, de toute ethnies et de tous âges : des blancs, des noirs, des beurs, des jeunes (même un puceau, encore une fois pour qu’il sache ce que ça fait), des vieux, des barbus, des rasés… Je n’arrive pas à les compter. Ils voulaient, je devais.

Ensuite, les années d’homosexuel dans le corps d’une femme

Je suis tombée amoureuse d’un mec pour une fois. Un homo, évidemment. Comme ça, pas de sexe. Follement amoureuse. Et il jouait sur ça et faisait tourner son mec en bourrique en venant se coucher avec moi, dans mon lit, bien collé contre moi, quand son mec était absent ou même, une fois, quand nous étions tous les trois chez son mec. A l’intérieur, le moi qui était présent, était un mec aussi et je rêvais d’une relation charnelle, mec contre mec, avec cet homme.

En essayant de m’extirper de cette relation à trois qui me tuait à petit feu, je suis tombée nez-à-nez avec un gars très sympa, intellectuel, charmant et tactile. Il me manifestait de l’attention, il était tendre, doux et en même temps très directif. Il savait ce qu’il voulait. Et il me voulait. Pour la première fois de ma vie, j’ai eu des relations sexuelles pendant un week-end entier où j’ai ressenti quelque chose qui pouvait se rapprocher de l’orgasme. Ça m’a fait tellement peur que j’ai rompu avec lui en lui disant que j’étais lesbienne, ce qui ne l’a pas franchement plu. Mais il a bel et bien disparu de ma vie.

L’essentiel, c’est que je savais désormais, au fond de moi, que je pouvais aussi aimer les hommes et avoir des relations sexuelles qui ne me fassent ni mal ni ressentir du dégoût pour moi-même ou pour l’autre. Je n’étais pas obligée d’être une poupée inanimée, un sac rempli d’eau. Je pouvais être épanouie sexuellement avec une autre personne, peu importe le sexe au fond.

Et aujourd’hui alors ? Ce sera, de nouveau, pour une prochaine fois…

La sexualité après agressions sexuelles [Partie 2]
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