On arrive enfin, je crois, à ma sexualité d’adulte. Plus précisément de femme mariée à un homme. Les deux premières parties de mon témoignage se trouvent ici, pour la première partie, et , pour la deuxième partie.

Des papillons dans le ventre

Je ne sais pas qui d’entre nous à l’intérieur est tombé(e) amoureux ou amoureuse de mon mari, mais toujours est-il que j’avais ces papillons dans mon ventre quand je pensais à lui. Je ne comprenais pas. J’étais homosexuelle, lesbienne, d’où me venaient ces sentiments pour lui ? Pourquoi ? Comment était-ce même possible ? Je ne voulais pas d’une énième relation avec un homme. Encore moins d’une relation d’une nuit sans lendemain où je devenais une poupée inerte. Non, je ne voulais pas. Point.

Mais les papillons dans le ventre ne me laissaient aucun répit. Dès que je le voyais, dès que je l’entendais chantonner (comme il faisait à tout bout de champ), dès que je pensais seulement à lui, sans le vouloir, les papillons se mettaient à danser dans mon ventre. Il me fallait me rendre à l’évidence. J’avais, nous avions, des sentiments amoureux pour lui. Pour cet homme.

Comment faire ? Comment les faire taire ? Ou, à défaut de pouvoir les faire taire, comment savoir si c’était vraiment des sentiments amoureux et si j’étais vraiment capable d’avoir une relation intime avec lui ? Je me suis surprise à me toucher dans le bain en pensant à lui. Plus d’une fois. C’était assez agréable. Pas transcendant, mais agréable.

Une relation sans lendemain.

C’est alors que j’ai rencontré D. Cet homme avec qui j’ai eu des relations sexuelles le temps d’un week-end (dont je parle dans la partie 2 de mon témoignage). Relations sexuelles qui m’avaient fait ressentir quelque chose qui pouvait se rapprocher de l’idée que je me faisais d’un orgasme. Où j’étais ni poupée inerte ni pleinement active. Un objet articulé, je dirais. D. ressemblait beaucoup à l’homme dont j’étais amoureuse. Mais vraiment. Physiquement, j’entends. Même tête, même corpulence, même coupe de cheveux. Aujourd’hui, je considère ces relations sexuelles avec D. comme un test de ma part. J’ai testé. Les tests étaient concluants. Je pouvais sortir avec un homme. Avoir une relation avec un homme.

Il m’a fallu quelque temps pour arriver à cette conclusion. Entre-temps, j’ai découvert que j’étais enceinte. Moi, enceinte ? Pas possible. J’étais lesbienne. Les lesbiennes ne tombent pas enceintes, n’est-ce pas ? Je ne comprenais pas comment c’était possible, j’avais déjà refoulé la relation avec D. (Sans me protéger évidemment, à quoi bon se protéger ?).

Je n’arrêtais pas de saigner. Et de saigner. Et de saigner encore un peu. De toutes les nuances de rouge, marron, rose qui existent. 50 nuances de rouge, ça existe ? Au bout de dix ou quinze jours de saignements, peut-être même plus, on a fini par m’envoyer aux urgences. Je faisais une grossesse extra-utérine. Le petit embryon s’était niché dans l’une de mes trompes et non pas comme il se devait dans l’utérus. Je ne comprenais rien aux explications du médecin, je ne comprenais rien à rien et j’ai beaucoup dissocié. Il voulait me donner un médicament pour tuer les cellules de l’embryon. Du méthotrexate. Ce qu’on donne à des personnes qui ont un cancer. La seule chose que j’ai retenu, c’est que j’allais traîner cette chose à moitié vivante à moitié morte dans mon corps pendant encore un bon bout de temps. C’était impossible. Inimaginable. Pour finir, j’ai commencé à me taper la tête contre le mur dans la salle d’attente. Le médecin est revenu et m’a dit qu’on allait m’opérer en urgence pour finir.

Un début très flou

A partir de là, tout est flou. Mais je sais que je me suis fait opérer et que j’ai ensuite pu rentrer chez moi. Reprendre ma vie. J’ai revu l’homme pour qui j’avais des papillons dans le ventre, sans le lui dire, juste traîner avec lui. On jouait à la console dans son petit studio, on allait au cinéma, on discutait de choses et d’autres. Du moins, c’est ce que j’imagine. Je n’ai pas vécu cette partie-là de ma vie.

Ensuite, il est parti en vacances. Une semaine ou un mois, je ne sais pas, je ne sais plus. Mais quand il est rentré, peu avant minuit cette nuit-là au mois d’août, je suis allée chez lui. Et j’ai fini par lui dire que j’étais amoureuse de lui. Nous nous sommes embrassés, nous nous sommes caressés. Jusque-là, tout allait bien. Mais quand nous avons fini au lit, impossible pour moi de mouiller, impossible pour lui de me pénétrer. On a beau tenté la moitié de la nuit pour finir par abandonner et remettre ça au lendemain. Le lendemain, il me semble qu’il a réussi, mais ce n’était ni transcendant, ni agréable pour moi. Et pourtant j’étais amoureuse de lui. Et pourtant je voulais être avec lui. Je voulais avoir des relations sexuelles avec cet homme. Je crois. Et c’est ainsi que notre relation a débuté.

De nouveau une hypersexualité enfantine

L’une de mes petites à l’intérieur a vite pris le relais. L’une de mes personnalités à l’intérieur. Elle devait avoir trois ou quatre ans. Elle n’arrêtait pas de lui toucher le sexe. Pas pour le masturber et surtout pas pour avoir une relation sexuelle, juste pour le plaisir de sentir son sexe devenir gros, durcir, être prêt à l’emploi. Elle était en permanence dans l’hypersexualité enfantine. Du touche-pipi, voilà ce que c’était. Genre en permanence.

Il a fini par en avoir marre et me l’a dit. Nous lui avons fait la scène du siècle, et ça a eu pour conséquence que la petite a disparu et a laissé la place à quelqu’un, je ne sais pas qui, de complètement asexué et je suis redevenue une poupée inerte. Il pouvait avoir des relations sexuelles avec le corps, mon corps, mais pas avec moi.

Désaccord avec le corps

J’étais en total désaccord avec le corps. Ce corps qui réagissait mécaniquement à son toucher par des soubresauts ou par finir de mouiller assez pour qu’il puisse me pénétrer. Ça a duré des années. Beaucoup d’années. Toujours avec une capote, non seulement pour que je ne tombe pas enceinte (je ne prenais pas la pilule), mais surtout parce que je ne supportais pas le sperme.

Cela étant, je voulais des enfants. Et je voulais des enfants avec cet homme que j’imaginais très bien être un bon père. Mais d’abord il fallait que je trouve un travail. Fixe. Stable. Il faut des sous pour élever un enfant. Il n’avait pas tort. Sauf que j’étais en dépression sévère et que je n’arrivais pas à travailler. Et que je n’avais pas de soins non plus. Cette période de désir intense d’un enfant non partagé car lui et la logique voulaient qu’on ait tous les deux des revenus a bien duré deux ou trois ans. J’ai fini par me forcer à trouver du travail. Je collais des étiquettes sur les emballages plastiques de vêtements. Alors que j’avais une Licence. On m’a viré, je n’étais pas suffisamment rapide. Je suis atterrie dans une boîte où je m’occupais des retours clients. J’étais avec d’autres plus ou moins paumés dans la vie. Je m’y sentais bien. Pour la première fois de ma vie, je me sentais bien. Et j’étais persuadée qu’ils allaient me garder. Mais ils ont fini par ma virer parce que j’étais trop diplômée. J’ai rechuté. Mes espoirs se sont effondrés. Je voulais mourir.

Enfin des soins !

C’est là que j’ai enfin commencé à me faire soigner. Pour la dépression sévère ainsi que pour un trouble de la personnalité son spécifié. Petit à petit, je suis revenue à la vie et nous avons repris nos plans pour faire cet enfant désiré. J’ai réussi à obtenir un poste de prof vacataire, j’avais des revenus pas très réguliers, mais des revenus tout de même, et surtout une assez belle paie. Nous avons supprimé la capote et nous nous sommes mis aux tentatives pour agrandir notre famille. Sauf que je faisais alors grossesse extra-utérine sur grossesse extra-utérine. Puis, une première fécondation in vitro qui s’est terminée par une fausse couche. La mort me guettait de nouveau partout, dans les moindres recoin de ma vie.

Vies… et mort

Pour finir, j’ai réussi à tomber enceinte et la graine s’est implantée dans l’utérus comme il devait. Sauf que j’étais non seulement très dépressive à cause des autres grossesses échouées, mais aussi persuadée que ce petit être allait mourir, lui aussi. Il n’est pas mort. Il est né et il a grandi pour devenir un bel adolescent.

On voulait encore un enfant. Mais je continuais à faire grossesse extra-utérine sur grossesse extra-utérine. Jusqu’à ce que l’on me fasse une ablation des deux trompes de Fallope. Puis, grâce à la fécondation in vitro, je suis de nouveau tombée enceinte. De jumeaux. J’étais euphorique. Et persuadée que nous aurions enfin notre famille telle que je l’avais si longtemps rêvée.

Ma sexualité s’est améliorée pendant la grossesse, jusqu’à ce que je sois trop grosse et que l’accouchement prématuré nous menaçait. Mais pendant plusieurs mois, j’ai eu une sexualité relativement normale. Avec plaisir, sans plus, mais avec plaisir. Mon corps n’était plus l’objet malaimé et malmené d’avant, il était l’habitat de deux beaux bébés qui grandissaient en son sein. Je me trouvais même belle.

J’ai eu un accouchement de rêve. Prématuré, mais de rêve. La vie était belle. Nous étions enfin une famille de cinq avec nos trois beaux enfants en pleine santé. Jusqu’à ce jour où l’un des tout-petits s’est endormi pour ne plus jamais se réveiller.

Errance

La suite, ce sont les années de dépression et d’errance et de désespoir. Sexuellement, j’étais revenue à la case de départ. Avec pour seul changement le fait qu’on n’utilisait plus la capote, devenue inutile avec l’ablation de mes trompes. Environ un coït par mois, tant bien que mal, pendant des années encore.

Jusqu’à ce jour où j’ai eu une relation extra-conjugale avec une amie. J’ai mouillé comme jamais je n’avais mouillé, chaque caresse de sa part était une explosion de feux à l’intérieur de moi. Suite à cette relation sans lendemain, j’ai pu avoir du plaisir lors des rapports avec mon mari.

Aujourd’hui

Aujourd’hui, j’ai des relations sexuelles relativement satisfaisantes. Ce n’est toujours pas l’euphorie, mais j’arrive à être d’accord avec mon corps, j’arrive à mouiller, j’arrive à accueillir son sexe. J’arrive à le caresser, j’arrive même à le sucer. Je ne suis pas une poupée inerte, même si je rechute partiellement des fois. Il m’aura fallu plus de vingt ans pour en arriver là.

La sexualité après agressions sexuelles [Partie 3]
Étiqueté avec :                            

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *