J’ai reçu un mail hier de la part de ma toute première psy, c’est-à-dire une psy que je voyais il y a plus de trente ans et qui a maintenant approximativement 80 ans (si ce n’est pas plus). Une femme adorable. On s’est connues quand j’avais 8-9 ans et elle m’a tout de suite prise sous son aile. Je ne garde malheureusement que très peu de souvenirs de nos séances, mais je me rappelle une fois lui avoir dit que ça faisait tellement mal à l’intérieur. Comme si on détachait l’écorce d’un arbre.

Très tôt, elle avait deviné que je me faisais agresser sexuellement. Abuser. Je préfère le mot “abuser” par rapport à cet agresseur-là, parce qu’il m’avait vraiment leurrée et m’avait fait croire que c’était moi qui étais à l’origine des agressions. Pendant des années, voire des dizaines d’années, je l’ai cru. J’ai cru que c’était moi, la coupable, et que mes comportements faisaient de moi sa complice et non une victime.

Quand ma mère a déposé plainte – après m’avoir forcée à dire ce qui n’allait pas – cette psy n’avait plus aucun doute à propos de cet agresseur et a su m’accompagner, la première, à travers les épreuves qui allaient suivre : témoignages, procès, insultes de la part de la communauté où nous vivions… Une fois le suivi avec elle terminé (à cause d’un déménagement à plusieurs centaines de kilomètres), elle m’a invité chez elle quelques jours. Je me rappelle pas de grand chose, là non plus, à part qu’elle me répétait inlassablement de mettre des chaussons parce qu’il faisait trop froid par terre pour mes petits pieds nus. Pour mes 11 ans, elle m’a envoyé un pendentif en argent en forme de cœur (sauf que je ne pouvais pas m’imaginer que c’était du “vrai argent” parce que je ne le méritais pas), et quand j’ai eu mon bac, elle est venue le fêter avec moi et les miens. Et, aujourd’hui, elle m’envoie un petit mail pour me dire qu’elle pense à moi. Ça met du baume au cœur.

Le seul b-mol, si je puis dire, c’est qu’elle n’a jamais su entendre les atrocités que le monstre maternel me faisait subir. Jamais. J’ai essayé de le lui dire, plusieurs fois, mais elle n’a pas su l’entendre. Quand j’étais plus jeune, ça me faisait très mal, le fait qu’elle n’a pas su entendre ça, mais aujourd’hui, je suis en paix avec ça. Je n’essaie plus de le lui dire. A chacun ses limites.

Mail de la part de ma toute première psy
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