Journée atroce hier. A me taper la tête et les poings contre le mur dans le bureau de Lucie. A taper des pieds. A crier. A être hors de moi. Je ne pouvais plus respirer, je happais l’air qui ne voulait pas rentrer dans mes poumons. Lucie m’a dit de la regarder, elle m’a dit de respirer, elle m’a même appelée par mon prénom. Rien à faire. Le soulagement ne venait pas. Mon existence même était menacée. Je voulais me faire très, très mal pour faire sortir le mal à l’intérieur et pour me sentir exister. Pour exister. Elle m’a demandé si je voulais qu’on se tienne la main et j’ai dit oui. Ça m’a aidée un peu. On se serrait fort fort la main, à un tel point qu’elle m’a demandé si c’était elle ou moi qui serrait si fort. Un peu des deux, j’ai dit. C’était trop vite l’heure de la quitter. Elle m’a demandé si ça allait. J’ai dit non. Non, ça ne va pas. Puis, à la toute fin, j’ai dit qu’on pouvait dire que ça allait, alors que pas du tout.

Je devais rentrer. Commencer à faire à manger. Aller chercher les loulous. Manger. Je ne sais pas comment j’ai fait, mais j’ai fait. Moi ou quelqu’un d’autre à l’intérieur.

Après le repas je pouvais enfin commencer à me gaver d’anxiolytiques. D’abord un, puis un deuxième. A me coucher sous la couverture pondérée sur le canapé dans mon bureau avec Biscuit. A renifler et à caresser Biscuit. Le soulagement ne s’installait pas.

Alors j’ai dit à mon mari que j’allais aller faire les magasins, mais je suis allée sur le parking de l’hôpital. J’ai appelé les infirmières, j’ai laissé un message. J’ai écrit à Lucie. Puis je suis allée m’installer sur la terrasse de l’hôpital. J’y suis restée deux heures. Il n’y avait personne dehors ou même dans la cafette qui était fermée et les rares personnes qui passaient ne me voyaient généralement pas. Je n’existais pas. Lucie m’a répondu, mais le soulagement ne s’installait toujours pas. Pour finir, l’une des infirmières est venue me dire que je ne pouvais pas rester là. Sentiment de colère que je n’ai pas su exprimer. Je suis rentrée. J’ai menti en disant que je n’avais rien trouvé. Puis j’ai repris deux anxiolytiques. M et la Colère ont écrit deux mails remplis de violences et d’envies auto-destructrices à Lucie, puis je suis retournée sous la couverture.

Levée seulement pour manger, mais c’était tellement dégueu que j’ai à peine avalé trois bouchées puis un morceau de pain. Retour sous la couverture. Puis une douche. De nouveau un anxiolytique. J’ai fini par aller me coucher dans le lit alors qu’il était à peine 20h. J’ai mis une série sur la tablette, juste pour faire genre que je regardais quelque chose, pour qu’on ne me pose pas de question, mais j’avais enlevé les lunettes et n’y voyais rien. Puis je suis restée là à somnoler jusqu’à 04h du matin.

Ô doux pays des anxiolytiques
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