Je ne sais plus comment on en est venues à parler de ça, mais Lucie m’a demandée si j’avais peur d’aller bien. J’ai dit oui. Je n’ai pas dit “oui, j’ai une peur panique d’aller bien”, alors que c’est le cas. J’ai la phobie d’aller bien, parce que ça veut dire qu’on me retire tout sous les pieds. Mes séances de thérapie, l’hôpital de jour, mon assistante sociale… tout. Tout ce que j’ai enfin réussi à obtenir et qui constitue mon filet de sauvetage et mon quotidien.

Lucie m’a dit que non. On n’arrête pas une thérapie parce que la personne va mieux. Mais pour une fois j’ai vraiment du mal à la croire. Je n’ai jamais expérimenté ça. Le non-retrait quand ça va mieux. Pour moi, le soutien a seulement existé quand ça ne va pas bien, ou pire, quand c’est l’horreur absolue. Il est non-existant les rares fois où j’ai expérimenté un mieux-être. Comme quand j’ai eu mon grand. Tout d’un coup, la thérapie a été mise sur pause. Ou quand j’ai eu un travail après plusieurs années de dépression sévère. Tout d’un coup j’avais apparemment moins besoin de mon médecin traitant. Puis il y a eu les jumeaux… La thérapie n’avait pas été mise sur pause cette fois-là, heureusement, surtout quand on sait que l’un d’eux est décédé quelques semaines après. Puis il y a eu la reprise d’études et la thérapie est devenue quasiment non-existante. On est passé d’une séance par semaine à quatre séances par an. Alors oui, j’ai une peur panique d’aller bien. Et j’ai une peur panique d’espacer les rendez-vous avec Lucie.

Peur d’aller bien
Étiqueté avec :                            

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *