Trois heures et demie sont passées dans un grand vide dissociatif. Je ne sais pas ce que j’ai fait, hormis une tasse de thé, allumer une bougie et de l’encens, puis d’écouter Adèle en boucle.

Si. Lucie a répondu à mon mail de la veille ce matin, ça m’a fait du bien. Je crois. Oui, ça m’avait fait du bien. Ensuite j’ai dormi ou, du moins, fermé les yeux sur le canapé dans mon bureau. J’ai vidé deux sacs de matériel de créativité acheté hier, j’ai mis la vaisselle dans le lave-vaisselle et je l’ai mis en route. Ensuite ? Aucune idée. Probablement rien, les yeux dans le vide, rivés sur l’écran. Si je cligne des yeux, ce sera peut-être déjà l’heure d’aller chercher les loulous.

J’angoisse. Je pense que c’est pour ça que j’ai perdu du temps. Le discours du président demain soir me fait disjoncter. Rien que d’imaginer un reconfinement me fait perdre la boule. Ce n’est pas tant le fait de me retrouver H24 avec les miens, et encore, mais c’est d’imaginer ne pas pouvoir voir Lucie ou ma psychiatre, de devoir me contenter de séances téléphoniques, de ne pas pouvoir m’échapper, m’évader, voir les infirmières de l’hôpital de jour, faire les courses, me sentir emprisonnée. Pourtant il y a plein de choses que je pourrais faire. Ce ne sont pas les idées qui manquent. Écrire sur mon prochain roman, faire des cadres en papier mâché, faire de la mosaïque, faire des cartes postales, dessiner, faire de la sculpture sur bois, reprendre ma thèse…

Mais je ne supporte pas l’idée d’un reconfinement. Ne pas pouvoir sortir à ma guise, ne pas pouvoir voir mes soignants, devoir justifier le moindre pas dehors. Cette ambiance de fin du monde. C’est insupportable. Alors j’angoisse. Tant que Macron n’aura pas fait son discours, j’angoisserai. Après, peut-être, en fonction de ce qu’il dira, l’angoisse pourra rechuter. Ou pas.

Thé, bougie, encens et Adèle
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